Fermé pour la saison

Fermé pour la saison

Dans la dernière chanson de l’album se cache une voix. Vous l’entendrez peut-être en tendant l’oreille ou en l’écoutant très fort. C’est un duo subliminal. Subliminal, du latin sub- («sous »), et limen- (« seuil »), donc au-dessous du niveau de conscience. 

Fermé pour la saison c’est l’isolement volontaire, quand on s’avoue incapable  d’aimer et d’être aimé, pour se protéger et protéger les autres. L’idée d’une voix cachée m’est venue pendant les prises, pour donner une dimension à l’isolement : -20 décibels.

J’ai demandé à Camille Houssière qui passait par là (normal, j’étais chez elle, ou plutôt juste en face de chez elle, dans le studio La grange) de caler son chant sur le mien. En quelques prises elle a réussi à se fondre dans le décor.

Bruno Dejarnac, expert en effet cocktail : notre capacité à focaliser notre attention sur un instrument et à ne plus rien entendre d’autre – par exemple les descentes de toms dans Est-ce que tu viens pour les vacances – Bruno donc, a géré les niveaux pendant le mixage.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous faire écouter la belle voix de Camille et de disparaitre à mon tour.

La version originale est là:

http://www.deezer.com/fr/album/6494173

Effet cocktail, c’est un peu l’inverse du subliminal, avec l’exemple des toms dans Est-ce que tu viens pour les vacances : quand on se focalise dessus, on entend plus que ça et on attend la prochaine descente…

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Le Figurant

Il m’arrive de fixer mon attention sur le type qui passe derrière Delon,  celui qui passe derrière l’église qui est déjà derrière Jean Bouise, de compatir pour les soldats inconnus qui tombent quand Ryan  passe entre les bombes. Pas longtemps certes, mais suffisamment pour en faire une chanson…

J’imagine un film : « La rébellion des figurants ». Ils parlent trop fort dans les bars, interrompent l’acteur principal, dansent dans la rue, fixent la caméra (c’est formellement interdit), réclament un DMI (dialogue minimum d’insertion)!

Après l’enregistrement des violons et des cors au conservatoire de Maubeuge, nous avons  attaqué la rythmique et les guitares le dernier jour de ce mois entier passé au Celibatorium. Avec la fatigue, la frénésie nous a vite gagné nous avons empilé les guitares sur un tempo à la double croche.

Avec Boom (sur le MacBook), Franck (guitare), Seb (son), Claire (violoncelle), Julie (violon), Virginie (violon alto), Eric (tuba) et Philippe (trombone).

Pete Best

Pete Best… L’homme le plus malchanceux du monde? Après deux années à se produire dans les caves et juste avant la signature du premier contrat discographique, Pete est viré des Beatles.

petebest

Ça n’a pas dû être facile les premières années. D’abord Love me do, bon, il a dû se dire que ça n’allait pas durer, et puis From me to you, bon, un coup de chance peut-être… Il allume la télé, il voit Ringo à la batterie, bon, il éteint. Deux ans plus tard, Hard days night, bon, il faut bien se rendre à l’évidence, c’est mal parti pour s’arrêter là.

Reste l’espoir, l’espoir de devenir célèbre avec son groupe, le Pete Best Four. Deux années passent, toujours pas de succès, en revanche côté Beatles, après le révolutionnaire Revolver, les Scarabées sortent Penny Lane et Strawberry Fields, deux chansons pour lui rappeler que non, malgré les rumeurs de séparation, le groupe n’a pas fini de lui pourrir la vie. L’année suivante, Pete lâche l’affaire et ouvre une boulangerie. Pendant qu’ils vendent leurs disques comme des petits pain, Pete vend des petits pains.

Enfin ils se séparent! Bon, Pete peut souffler un peu… Pourvu que Ringo retombe dans l’oubli! Pourvu que John et Paul soient incapables d’écrire l’un sans l’autre! Pourvu que Georges s’en aille croupir en Inde!

8 décembre 1980, bon en fait, « non, tout ça finalement ne vaut pas la peine de se torturer, l’important c’est d’être vivant! » a-t-il peut-être confié à sa femme ce jour-là.

Les enterrer tous! Ça pourrait peut-être apaiser un peu l’homme le plus malchanceux du monde. À moins qu’il soit devenu un exemple de sagesse, comme Bouddha.

Quelques pâtisseries:

Le scone, délicieux avec de la Clotted cream et de la confiture.

scone1

La clotted cream se situe entre le beurre et la crème fraiche.

Clotted cream

À déguster au five o’clock tea chez Fortnum and Mason à Londres.

Fortnum

https://maps.google.fr/maps?ie=UTF-8&q=fortnum+and+mason&fb=1&gl=fr&hq=fortnum+and+mason&cid=0,0,4542884200377037573&ei=T9GIUYmZH4beObadgLAM&ved=0CEIQrwswAA

L’apple pie (oui, ils avaient aussi inventé la pomme comme emblème: même Steve Jobs les a copié)

apple_pie

Une vidéo de l’enregistrement au Célibatorium:

Si vous aimez le thé

BenoitCarrevisuel

En 1995 sortait le premier album de Lilicub, sur la pochette une tour Eiffel maquillée en fusée comme dans « On a marché sur la lune ». Je me souviens d’une discussion avec J… , le chef de produit, dans les bureaux du label. On voulait, Catherine, Philippe et moi, fêter cet évènement :

—Pourquoi on irait pas jouer sous la tour Eiffel ? (Johnny et Woodkid ne l’avaient pas encore fait)

—Il n’y aura personne, a objecté Jérôme.

—Il y aura nos amis, des touristes, des passants! S’est enthousiasmée Catherine

—Pour l’évènement! A renchéri Philippe

—Mais ce n’est pas un évènement… C’est un non-évènement !

—Un non-évènement ?

—Oui, c’est ça, un non-évènement, a confirmé Jérôme.

Comme dans Alice au pays des merveilles une sorte de chapelier fou allait donc fêter avec nous le non-évènement  en nous resservant du thé toutes les trois secondes… « Un joyeux non-évènement! Pour qui ? Pour moi ? Pour vous ! ».

Aujourd’hui sort Célibatorium et aujourd’hui, comme souvent, je vais donc tenter de finir une chanson ou un texte. Mais je vais aussi répéter pour le petit concert de demain à Pont sur Sambre, tout près du Célibatorium caché dans la forêt, car finalement et contre l’avis de J… , je vais fêter cette sortie avec ceux qui sont venus jouer,  chanter, préparer des plats, ceux qui sont passés pour écouter les chansons.

Si vous êtes dans les parages, amenez le thé…!

Celibatorium : la nuit

La nuit était très avancée, Jean-Christophe devait partir le lendemain. En quelques heures, nous avons enregistré l’essentiel de cette chanson que j’avais écrite pour Enzo Enzo, À quoi ça m’a servi?.  À l’opposé de sa version plutôt légère, la notre s’est construite sous les doigts de Jean-Christophe à la guitare Eko, dans l’esprit des ballades 70’s. Il a déroulé son tapis d’arpèges, je l’ai suivi à la guitare rythmique, Franck à la batterie et Seb à la prise de son. En quelques prises, la chanson était là. Ensuite, l’énergie est apparue au fil des versions, jusqu’à exploser dans l’ad lib, avec la puissance du son, des amplis à fond. Les murs du Célibatorium devaient laisser filtrer un peu de notre rage dans la nuit.

Ensuite Jean-Christophe a pris sa basse Hofner, j’ai chanté la chanson pour qu’il tienne jusqu’au bout. Une prise a suffit, filmée par Franck, très inspiré par les volumes du Célibatorium cette nuit-là…

Célibatorium – Séance #1

Autographe

On a tout essayé. Pour l’enregistrement de cette  chanson, le Célibatorium est devenu l’instrument : les portes, un sac de noix, la vaisselle entassée etc… Il y a Franck dans la cuisine, il y a l’orchestre dirigé par Olivier,  le choeur des filles, Seb s’égosillant,  la flutiste dans la salle de classe du conservatoire de Maubeuge et, assis à côté d’elle son fils l’air consterné.  Il y a aussi Boom (que je vous présenterai plus tard) à l’orgue Farfisa.

D’autres séances à venir…

Célibatorium

Le lundi 22 Avril 2013, c’est le jour choisi pour la sortie de Célibatorium, mon premier album (solo mais en fait pas du tout).

La boulangère qui l’attend depuis un bon millier de baguettes tradition pas trop grillées, prend un air guilleret pour ne pas me contrarier (je la soupçonne de ne pas me croire). Je raconterai peut-être plus tard les doutes et affreux (comme dit Gainsbourg) du deal. Ce disque, c’est tellement mieux :

J’étais parti dans ma Mégane 1 dont le chauffage était H.S ; passé le péage de l’A1, la buée avait recouvert le pare-brise que j’essuyais avec la manche de mon caban. Quelques heures plus tard, j’arrivais à Pont-sur-Sambre. Au bord d’une route qui traverse la forêt, je bifurquais sur un chemin qui mène au Célibatorium. Résidence de l’ex-centrale nucléaire, le bâtiment se compose d’un très grand espace séjour-salon-cuisine et de deux couloirs sur deux niveaux, qui desservent des chambres avec des lits une place et un bureau, le tout dans un esprit monastique des années soixante, très « Cité Radieuse » de Le Corbusier.

Tout était installé, la batterie de Franck dans une des chambres, la console de Seb dans la pièce principale et tous les instruments réunis. Ils m’attendaient donc pour commencer.

Nous avions trois semaines devant nous pour enregistrer onze chansons, seuls, ou presque. Nous entreprenions de capter un choeur de jeunes filles à la voix cristalline, un tubiste belge et beaucoup d’autres musiciens que nous irions enregistrer au conservatoire de la grande ville la plus proche : Maubeuge.

Je me souviens de prises très tardives, les amplis réglés à un niveau déraisonnable, chacun à son poste: Franck dans sa chambre, Seb aux machines et moi aux guitares avec Jean-Christophe Urbain, venu nous épauler.

Je garde en mémoire des moments de pure folie, où le Célibatorium devenait notre instrument, son espace, ses murs, ses portes, jusqu’au moindre recoin, du sol au plafond (je posterai  des vidéos qui le prouvent). Il y a eu aussi les égarements, avec les pistes qui s’additionnent comme un mille-feuille pour finalement tout effacer le lendemain.

Je suis reparti un soir glacial de novembre, après avoir bu un verre dans un bar de Maubeuge avec mes deux nouveaux amis (plus tard, je vous présenterai Boom, le quatrième de la bande). Sur la route du retour, la buée gelait sur mon pare-brise mais j’étais heureux de les avoir rencontré, d’avoir vécu ce moment exceptionnel et complètement imprévisible.

Alors, même s’il a fallu du temps pour que cet album sorte et compter sur quelques précieux coups de mains (de mon éditeur Remark), petits miracles (mon producteur Philippe Danand) et nouvelles rencontres (Far Prod, Wash Washa et Warner distrib), je serais resté fidèle à la promesse que j’avais faite autour de notre dernier verre: notre disque verra le jour… un jour.