Celibatorium : la nuit

La nuit était très avancée, Jean-Christophe devait partir le lendemain. En quelques heures, nous avons enregistré l’essentiel de cette chanson que j’avais écrite pour Enzo Enzo, À quoi ça m’a servi?.  À l’opposé de sa version plutôt légère, la notre s’est construite sous les doigts de Jean-Christophe à la guitare Eko, dans l’esprit des ballades 70’s. Il a déroulé son tapis d’arpèges, je l’ai suivi à la guitare rythmique, Franck à la batterie et Seb à la prise de son. En quelques prises, la chanson était là. Ensuite, l’énergie est apparue au fil des versions, jusqu’à exploser dans l’ad lib, avec la puissance du son, des amplis à fond. Les murs du Célibatorium devaient laisser filtrer un peu de notre rage dans la nuit.

Ensuite Jean-Christophe a pris sa basse Hofner, j’ai chanté la chanson pour qu’il tienne jusqu’au bout. Une prise a suffit, filmée par Franck, très inspiré par les volumes du Célibatorium cette nuit-là…

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Célibatorium – Séance #1

Autographe

On a tout essayé. Pour l’enregistrement de cette  chanson, le Célibatorium est devenu l’instrument : les portes, un sac de noix, la vaisselle entassée etc… Il y a Franck dans la cuisine, il y a l’orchestre dirigé par Olivier,  le choeur des filles, Seb s’égosillant,  la flutiste dans la salle de classe du conservatoire de Maubeuge et, assis à côté d’elle son fils l’air consterné.  Il y a aussi Boom (que je vous présenterai plus tard) à l’orgue Farfisa.

D’autres séances à venir…

Célibatorium

Le lundi 22 Avril 2013, c’est le jour choisi pour la sortie de Célibatorium, mon premier album (solo mais en fait pas du tout).

La boulangère qui l’attend depuis un bon millier de baguettes tradition pas trop grillées, prend un air guilleret pour ne pas me contrarier (je la soupçonne de ne pas me croire). Je raconterai peut-être plus tard les doutes et affreux (comme dit Gainsbourg) du deal. Ce disque, c’est tellement mieux :

J’étais parti dans ma Mégane 1 dont le chauffage était H.S ; passé le péage de l’A1, la buée avait recouvert le pare-brise que j’essuyais avec la manche de mon caban. Quelques heures plus tard, j’arrivais à Pont-sur-Sambre. Au bord d’une route qui traverse la forêt, je bifurquais sur un chemin qui mène au Célibatorium. Résidence de l’ex-centrale nucléaire, le bâtiment se compose d’un très grand espace séjour-salon-cuisine et de deux couloirs sur deux niveaux, qui desservent des chambres avec des lits une place et un bureau, le tout dans un esprit monastique des années soixante, très « Cité Radieuse » de Le Corbusier.

Tout était installé, la batterie de Franck dans une des chambres, la console de Seb dans la pièce principale et tous les instruments réunis. Ils m’attendaient donc pour commencer.

Nous avions trois semaines devant nous pour enregistrer onze chansons, seuls, ou presque. Nous entreprenions de capter un choeur de jeunes filles à la voix cristalline, un tubiste belge et beaucoup d’autres musiciens que nous irions enregistrer au conservatoire de la grande ville la plus proche : Maubeuge.

Je me souviens de prises très tardives, les amplis réglés à un niveau déraisonnable, chacun à son poste: Franck dans sa chambre, Seb aux machines et moi aux guitares avec Jean-Christophe Urbain, venu nous épauler.

Je garde en mémoire des moments de pure folie, où le Célibatorium devenait notre instrument, son espace, ses murs, ses portes, jusqu’au moindre recoin, du sol au plafond (je posterai  des vidéos qui le prouvent). Il y a eu aussi les égarements, avec les pistes qui s’additionnent comme un mille-feuille pour finalement tout effacer le lendemain.

Je suis reparti un soir glacial de novembre, après avoir bu un verre dans un bar de Maubeuge avec mes deux nouveaux amis (plus tard, je vous présenterai Boom, le quatrième de la bande). Sur la route du retour, la buée gelait sur mon pare-brise mais j’étais heureux de les avoir rencontré, d’avoir vécu ce moment exceptionnel et complètement imprévisible.

Alors, même s’il a fallu du temps pour que cet album sorte et compter sur quelques précieux coups de mains (de mon éditeur Remark), petits miracles (mon producteur Philippe Danand) et nouvelles rencontres (Far Prod, Wash Washa et Warner distrib), je serais resté fidèle à la promesse que j’avais faite autour de notre dernier verre: notre disque verra le jour… un jour.